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L'imaginaire, nouvel or noir des entrepreneurs ?

Soumis par AlexandraB le mer 31/08/2022 - 12:00

imaginaire

Photo by Josh Hild on Unsplash

 

Des ouvrages de science-fiction aux territoires innovants : les imaginaires nourrissent les entrepreneurs, tant pour nourrir leurs innovations futures que pour trouver les ressources pour aller au bout de leurs idées.

 

À quoi ressemblerait des entrepreneurs sans imagination ? Vraisemblablement pas à celles et ceux qui ont contribué, à leur façon, à imaginer le futur dans lequel nous vivons aujourd’hui.

L’imaginaire nous raconte demain”
 Nicolas Minvielle

 

Saviez-vous par exemple que toutes les innovations de l’armée française au cours des années 2000 se trouvent dans les mangas des années 1980 ? Loin de nous l’idée d’accuser la défense tricolore d’avoir copié sur les bandes dessinées, il s’agit tout simplement de souligner que leur contenu a contribué à façonner l’imaginaire de ceux qui innovent. "Les imaginaires manipulent la vision que j’aurai de demain”, précise Nicolas Minvielle, professeur à Audencia Business School, docteur en économie et spécialiste des imaginaires.

 

Les entrepreneurs ne font pas exception à cette règle. Le spécialiste en design fiction qui est aussi membre de la Red Team, cellule de prospective du ministère des Armées, nous apprend que le célèbre téléphone à clapet Motorola commercialisé à partir de 1996 portant le nom de StarTAC est inspiré du célèbre Communicator, le petit appareil utilisé pour communiquer avec le vaisseau dans Star Trek. L’imaginaire inspire et stimule l’entrepreneur, CQFD. Quand on sait qu’en 2020 les Français n’ont jamais été aussi nombreux à créer leur entreprise, les imaginaires du futur constituent un formidable réservoir pour les inspirer ! 

 

REVoir lA KEYNOTE DE NICOLAS MINVIELLE

 

Des imaginaires qui façonnent le mythe de l’entrepreneuriat

 

Une fois que cela est acté, comment faire pour activer l’immense potentiel des imaginaires ? À Montpellier, La Cité de l’Economie et des Métiers de Demain, créée et développée par la Région Occitanie s’est saisie du sujet. Ce laboratoire de l’imaginaire au service des entreprises est une structure unique en France : sa pour mission : aider les entrepreneurs à se projeter dans le monde de demain, son économie et ses métiers. Xavier Facelina, directeur et fondateur de Secblab, société spécialisée dans la cybersécurité, a pu expérimenter l’un des ateliers de design de métier de la CEMD. L’objectif était de mettre en place un scénario prospectif qui portait sur la question de la cybersécurité dans en Occitanie.

 

Il y a des choses très intéressantes qui émergent quand vous mettez des experts pendant plusieurs jours pour parler du futur. Des choses liées à la défense, liées à la capacité à devenir autonome. Comment gérer les implants qui arrivent et qui seront connectés ? Qu’est-ce que l’on peut faire pour se protéger de ça ?
Xavier Facelina.

 

Cet exercice a abouti à la création du livret “Objectif 2031” dans lequel les dirigeants d’entreprises de la région occitane ont co-construit et prototypé 47 services et métiers qui existeront peut-être demain.

 

“On a décrit des choses qui définissent un monde positif, possible, et qui consacre une grande part au local car en matière de résilience, le local joue aussi un grand rôle. Il y a les nationaux, les mouvements mondiaux, mais à la fin pour agir ou pour survivre cela se passe forcément en local”,  Xavier Facelina.

 

Si la CEMD permet aujourd’hui aux entrepreneurs de saisir tout le potentiel de l’imaginaire, comment trouvaient-ils l’inspiration avant l’avènement de tels facilitateurs ? Loïc Fel, docteur en philosophie et entrepreneur, identifie deux imaginaires propices au développement de l’entrepreneuriat. Le premier puise ses origines au 19ème siècle, au début de la révolution industrielle, lorsque émerge la figure de l’entrepreneur-inventeur. “C’est la théorie de l’entrepreneur qui embarque toute la société et crée du progrès. C’est un imaginaire positiviste au sens d’Auguste Comte”, indique-t-il. De l’autre côté, une vision diamétralement opposée : celle de l’entrepreneur paternaliste, “celui qui assume la responsabilité avec et pour les autres. L’objectif est de créer de la richesse collective.”

 

Xavier Facelina, qui ne vient pas d’une famille d'entrepreneurs, a quant à lui trouvé l’inspiration dans des séries et des films, de Tonnerre mécanique à James Bond. “Leur imaginaire a joué sur ma posture vis-à-vis du monde, cela m’a permis de me projeter en tant que faiseur d’objets technologiques”, précise-t-il. Comme l’indique l’entrepreneur, l’imaginaire s’appuie sur plusieurs axes : celui de la posture mais aussi celui de la personnalité de l’entrepreneur, de ses idées. C’est War Games, film américain sorti en 1983 qui a participé à “designer mon métier, ma manière de penser l’informatique”, souligne-t-il. C’est en voyant le personnage d’un jeune homme s’introduisant dans les serveurs pour jouer gratuitement aux jeux vidéo que naît en lui l’envie de devenir hacker. “La thèse du film c’est qu’un jour, un système d’armes sera relié aux réseaux de communication. C’est l’Internet d’aujourd’hui : les machines physiques reliées à des ordinateurs”, ajoute-t-il.

 

Il n’y a pas que la Californie qui fait rêver !

 

Pourtant, on l’a vu, les scénaristes ou romanciers avant-gardistes ne sont pas l’unique source d’imaginaire pour les entrepreneurs, les territoires aussi peuvent faire leur part. “Il y a une vraie territorialisation de la mythologie de l’entrepreneuriat à l’échelle mondiale qui se joue d’un point de vue géographique avec des places fortes comme la Californie”, explique le docteur en philosophie Loïc Fel. Comment faire en sorte qu’un territoire produise de l’imaginaire et inspire le monde ?

Selon Xavier Facelina, c’est la capacité d’un territoire à mettre en place un écosystème propice à la concrétisation des idées les plus innovantes qui sera à l’origine de son succès. Un écosystème qui permet par exemple à de puissantes industries d’être en lien direct avec de grandes universités mais aussi de faire travailler entre elles petites et grandes structures, universitaires et entrepreneurs.

La région Occitanie n’est pas la Silicon Valley mais cultive et développe son propre imaginaire tourné vers le progrès technologique et social. “Il y a une volonté de la région d’être dans la prospective et de questionner le citoyen sur la région dans laquelle il veut vivre”, rappelle Jalil Benabdillah, Vice-Président Économie, Emploi, Innovation et Réindustrialisation de la Région Occitanie.

Sans oublier le volet environnemental incarné par le Pacte Vert et porté par la Présidente de Région Carole Delga, qui vise à accélérer la transition écologique de la région avec un budget dédié de deux milliards d’euros.

 

Il faut être capable de faire là où l’on pensait que ce n’était pas possible. Il faut un côté Yes we can”, confirme Michaël Delafosse, Maire de Montpellier et Président de Montpellier Méditerranée Métropole

 

Coût des loyers, temps de transport, prix de la vie, implication des collectivités, dynamisme économique… c’est tout “une mise en récit de la valorisation” à laquelle doivent se prêter les territoires désormais, comme le rappelle Nicolas Minvielle. À l’heure où 82% des cadres parisiens envisagent de quitter la capitale, l’Occitanie fait de plus en plus rêver !

 

Cet article fait suite à une conférence Longue-Vue, organisée par la Cité de l’Economie et des Métiers de demain, consacrée au progrès et à l’imaginaire.

 

Article écrit par Matthieu MAURER pour l'ADN.